DE L’EFFERVESCENCE…
À L’ENNUI DES RENIEMENTS, REPLIEMENTS POST-1980
Une nouvelle décennie
Aux combats toniques des années 1968-1980 succéda une nouvelle décennie, faite de reniements multiformes, repliements, désertions, y compris la mienne. Une décennie si grise que je serai tentée de la passer sous silence.
« L’attente croyante et pleine d’espérance est une force agissante avec laquelle nous devons compter, en toute rigueur, dans toutes nos tentatives de traitement et de guérison»
Freud, Traitement psychique, 1890
Dans les années 1980, avec la venue des socialistes au pouvoir, une chape de plomb tomba sur la gauche. Paralysant, voire tuant ses rêves. Les espérances avaient été si grandes qu’elles m’avaient fait peur, tant elles étaient irréalistes. Sur les quais de la gare, à la veille des élections, j’entendais des propos à donner le tournis : chacun rêvait non seulement de trouver sa place grâce aux socialistes, mais la place dont il rêvait (Université, CNRS…)! Comme si le mot socialiste même avait des pouvoirs magiques. Ainsi vont vont les bipèdes, le nez dans les nuages de leurs désirs. Ainsi se cassent-ils le nez au premier obstacle. Moi-même, j’attendais plus d’éthique !
Depuis un certain temps, ne supportant plus le régime policier qui régnait, j’envisageais d’émigrer. Tout était quadrillé, verrouillé : la télévision, je me souviens encore de prestations télévisées, d’Alain Peyrefitte entre autres, ministre de l’information sous De Gaulle ; la justice, mais aussi la police dont j’avais physiquement peur, tant sa présence était massive, pesante, non pas pour protéger le citoyen, mais pour intimider. Au Quartier Latin, Place Saint-Michel, on pouvait se faire arnaquer par des voyous, pour prendre le dernier métro, avec des cars de CRS à cinq mètres du métro. Entre autres exemples.
Soupir de soulagement donc, quand la gauche arriva au pouvoir. Je le répète, je n’attendais rien — sinon plus d’éthique. En particulier dans les rapports à l’Afrique. Si j’attache tant d’importance à la politique extérieure, c’est parce qu’elle reste le meilleur étalon de mesure d’une politique. Elle manifeste au grand jour, ce que la politique intérieure peut cacher, c’est-à-dire ce que la pensée politique des nouveaux dirigeants a conservé de vieux réflexes passéistes, voire réactionnaires. Et/ou rapaces.
Pour l’éthique, on a été gâté ! Les nouveaux occupants des palais du pouvoir, sinon tous du moins une majorité visible, se mirent à cannibaliser les jouissances que le pouvoir apporte, avec une tel appétit, que le spectacle en devint obscène. J’ai vu arriver les correctifs (mars 1986, 1993). Il n’était pas nécessaire d’être grand clerc, il suffisait de prendre le métro où les agressions se multiplièrent dès le lendemain des élections, il suffisait d’écouter le personnel de l’hôtel où je descendais ou une tante grassoise qui avait visité les maisons de retraite pour faire voter ‘gauche’. Elles parlaient avec un tel écœurement des élus de gauche que la défaite devenait prévisible. À Reims, à Grasse, mais pas seulement, des socialistes, des communistes furent dégommés — et je m’en réjouis. Lentement, le peuple de gauche apprenait les dures lois du principe de réalité.
En 1986, lors des élections, j’avais adressé une lettre rageuse au Nouvel Observateur qui la publia : je disais re’veau‘ter ‘socialiste’, après lecture du Figaro dans un hôtel rémois, le lundi soir, dont le ton teigneux de l’époque m’exaspérait. Piètre motivation réactive.
À l’Université, les réformes de type technocratique aggravèrent la crise, les socialistes ayant eu tendance à confondre modernité et technocratie. Il fallait, nous serinait-on, entre autres, que l’Université préparât les étudiants à de futurs métiers, mais personne n’était capable de dire quelles étaient les professions d’avenir qui, par ailleurs, changent rapidement en ces temps accélérés. À un moment où le marché du travail se contractait, que les diplômes n’assuraient plus l’avenir, les socialistes devenaient passeurs de l’idéologie économiste dominante, utilitariste dans ses fondements.
Sans réflexion théorique de fond, définissant des enjeux de société, pistant le futur, en partie imprévisible, il n’est pas possible de réformer le système scolaire. D’où le nombre de replâtrages successifs, de droite, de gauche, qui tous s’écroûtent rapidement. L’important en Lettres, me semble-t-il, étant de former des individus, maîtrisant des langues, leur langue, capables d’apprendre, aimant apprendre leur vie durant. Pour faire des économies, la licence de Lettres modernes, avait perdu, après 68, la dissertation rédigée, de mon temps, dans une langue étrangère. Un exemple parmi d’autres. Dans cette réforme, le non intérêt paradoxal (et peut-être paresseux) d’une majorité d’étudiants de Lettres modernes pour les langues et l’intérêt du gouvernement se conjuguèrent. Les « techniques d’expression » devinrent mode, à l’Université aussi… le langage-instrument-de-communication — en Lettres ! Défendre une autre stratégie était qualifié d’élitaire, y compris par des syndicalistes.
Les enseignants devenaient bons à tout et à n’importe quoi. En 1982, l’université de Reims devint « Université de Reims Champagne-Ardenne » et en 1984, la loi « Savary » du 26 janvier sur l’enseignement supérieur transforma les « UER », [« Unités d'enseignement et de recherche »], en « UFR » [Unités de formation et de recherche]. La loi du 12 novembre 1968 avait créé des « établissements publics à caractère scientifique et culturel », dont la Faculté de lettres et sciences humaines. Les changements sémantiques énoncent des changements de stratégies.
Que recouvrait le mot recherche ? En Lettres, se multiplièrent les centres de recherches, auxquels les responsables nous conviaient, les subsides étaient fonction du nombre d’inscrits, nous étions donc très sollicités. Et certains enseignants figuraient dans plusieurs centres. Comique. En décembre 1989, lors de la Mise à jour des effectifs des centres de recherche, je mis les pieds dans le plat, refusant d’être rattachée à un centre rémois. En 1968, quand j’arrivai à Reims, il n’existait RIEN, j’avais donc demandé à être rattachée à une équipe de recherche du CNRS. Je n’avais aucune raison d’en changer. Je reçus des plaintes de collègues qui me rappelèrent à mes devoirs d’enseignante rémoise… Parce que je représentais une certaine somme (800 F). En réponse au Questionnaire, je fis quelques remarques :
« [...] qui peuvent paraître désobligeantes, mais qui me semblent s’imposer dans cette réponse au questionnaire.
Je ne vois pas COMMENT on peut participer à plusieurs centres. J’irai même plus loin, et je dirai que j’ai du mal à prendre au sérieux un enseignant à cheval sur plusieurs centres. Car enfin, s’il est vrai que nous sommes moins spécialisés que des scientifiques, où trouver le temps — déjà bien fragmenté — entre l’enseignement et la recherche, (à la fois comme travail personnel et comme participation à une équipe) ? À quoi bon, faire semblant ? Qui dupe-t-on ? La vérité des participations permettrait peut-être de dégonfler les centres de recherches qui n’en sont pas, et de nous rendre enfin crédibles. Mais peut-être faudrait-il définir ce qu’on entend par centre de recherche, c’est-à-dire définir quelques critères, sans avoir peur de déplaire à quelques patrons en mal de reconnaissance, (en particulier l’infantile désir de voir son nom plusieurs fois répété sur du papier !). Cette définition devrait pouvoir affirmer la spécificité du travail de recherche en sciences humaines, car il n’est pas possible de continuer à s’aligner sur le modèle des sciences dites dures.»
*
Quant à l’enracinement régional contenu dans l’association « Champagne-Ardenne », il eut des effets inattendus et coûteux pour les enseignants. Un exemple parmi d’autres : les écoles de sages-femmes, agréées par la région, après leur dernière réforme (1986), délivraient en fin d’études un diplôme d’État, diplôme de l’enseignement supérieur. Le nouveau président d’université estima alors que des enseignants du supérieur devaient présider les jurys d’admission et devenir des co-correcteurs. Sans avoir été consultés, nous fûmes « invités » à « participer » au « rayonnement » de l’université rémoise.
La Champagne-Ardenne, par ailleurs mal desservie par la SNCF, est un vaste territoire couvrant quatre départements. Pour faire rayonner l’Université, il nous fallait prendre le train pour Châlons, Troyes (IUT Reims-Troyes), Charleville-Mézières (IFTS créé en 1986). Etc. Suivant les horaires, le détour par Paris s’imposait. Pour une, deux heures de cours, une journée perdue. Nous étions des glandeurs, il fallait nous mettre au travail. La recherche ? un alibi pour ne rien faire ! Et il se trouvait toujours un directeur de département, de sous-département, pour emboîter le pas. Promotion oblige. Goût du pouvoir aussi.
J’ai assisté une seule fois à une séance d’admission aux écoles de sage-femmes. De la figuration. Convaincue de notre inutilité, je demandais l’avance des frais de déplacement. Inhabituel, les enseignants étant censés être assez riches pour attendre six mois, voire plus, le remboursement de leurs frais (hôtel, train). En attendant, je m’abstenais, car refuser officiellement, c’était transférer la charge à un enseignant plus docile.
« Participations » multiformes qui semblaient ne pas gêner les syndicats. Les Facultés de Lettres étant appelées à disparaître, (mais oui !) nous devions nous estimer heureux d’avoir de nouveaux débouchés.
Quand je relis les lettres de protestation écrites à l’époque, je suis sidérée par l’amateurisme des réformes. Du bricolage. Absence de réflexion politique sur le long terme. Absence d’une vision d’ensemble du système universitaire et des spécificités des différentes disciplines, spécificités qui jouent un rôle déterminant sur tous les plans : dans le travail de recherches (un thèse de science est régie par d’autres règles qu’une thèse de lettres, idiot à dire, mais…) ; dans le rapport aux étudiants, et cetera, aussi toute réforme globalisante est-elle vouée à l’échec. Les modèles des sciences dites dures, qui prévalent, ont des effets pervers en Lettres. Avec la complicité des chercheurs eux-mêmes. À titre d’exemple symptomatique : l’équipe de Recherches Théâtrales et Musicologiques du CNRS que j’avais rejointe, une unité de recherche parmi d’autres, UFR12, est devenue Laboratoire, LP18, la dénomination empruntée aux sciences dites dures, perçue comme valorisante, était d’autant plus grotesque que nous n’avions pas même les outils nécessaires pour visionner les films à analyser dans leurs rapports avec le théâtre dans les années vingt. Denis Bablet déployait une énergie considérable pour que l’équipe puisse fonctionner. Ajoutons par ailleurs que l’équipe fonctionnait avec une moitié d’universitaires qui, non seulement n’étaient pas rémunérés, mais payaient de leur poche les frais d’une recherche à l’étranger dans le cadre d’une publication. L’équipe a fait des prouesses avec des riens, et le bénévolat des chercheurs universitaires. Sur lesquels, le site du CNRS fait toujours silence…
En fait, les politiques qui, le plus souvent, passent par les grandes écoles (que les syndicats continuent à défendre) ignorent les modes diversifiées de fonctionnement des universités.
Je tiens à dire que, contre vents et marées, j’ai toujours été une Littéraire sans complexes, convaincue de l’importance de la Littérature (sens large), de l’art (sens large), dans une société. Je l’ai dit, écrit, répété aux responsables syndicaux. La dialectique sciences dites dures et des ‘sciences’ humaines est complexe, la négation de leur interdépendance peut avoir des conséquences désastreuses. L’art, la littérature, sont des activités de connaissance spécifique. Ni gratuité, ni ornement, ni inspiration, ni reflet. L’histoire des sciences témoigne de l’importance des échanges Science⇔Art. Pierre Francastel a montré qu’à la Renaissance, les artistes devancent les théoriciens « le pas a été franchi par les artistes avant les spéculations »* et Pierre Thuillier de son côté, à partir de l’analyse de dessins, démontrait que « la perception de l’espace et du mouvement s’était modernisée avant que la théorisation savante n’ait opéré », la « percée théorique » parachevant une longue évolution antérieure et demeurait tributaire d’une vison du monde née dans la pratique (artistique entre autre)**. Quant à la toute-puissance des critères économiques (rentabilité, utilitarisme, diplômes utilitaires et fonctionnels, par ailleurs rapidement périmés, etc.) qui colonisent tous les champs, elle finira, cette puissance, par montrer ses pieds de sable, après avoir miné, voire ravagé les sociétés.
* Pierre Francastel, La Figure et le lieu, Paris, Gallimard, 1967, p. 253.
** Pierre Thuillier, « De l’art à la science : la découverte de la trajectoire parabolique », in La Recherche, vol 18, n°191, septembre 1987, p. 1082-1089, p.1085.
✥
Avec la récession économique, les universités devinrent des “amortisseurs socio-économiques”, et même des voies de garage, les étudiants commencèrent à se replier sur leurs seules études, ou plus exactement sur les notes, sur le diplôme, censé garantir l’emploi, prêts à bien des compromissions, les UV optionnelles, faciles, à l’issue certaine, ployaient sous le nombre d’étudiants en quête de diplôme-papier. Compromissions dont certains étaient conscients, il suffisait de les écouter parler avec humour de ces ‘UV-bon marché’ (en anthropologie et en psychologie). Certains devenaient ennuyeux de docilité, l‘angoisse de l’avenir barrant une possible pensée politique du futur. Les « troublions » n’avaient pas disparu, mais on commençait à les compter sur les doigts d’une main, dans une salle de cours.
J’ai souvent regretté les joutes passées qui obligeaient à avancer, approfondir. Certes, lesdits gauchistes m’avaient souvent agacée, mais ils avaient le mérite, en nous obligeant à envisager d’autres points de vue, à tester les fondements de nos catégories. Voire à les réexaminer. Bref, à avancer. De mon côté, j’avais eu plaisir à les provoquer, insistant volontairement et lourdement, sur la dimension “révolutionnaire” des Machiavel, Locke, Hobbes, Rousseau, etc., en leur temps ! Mais au-delà des agacements, une estime réciproque nous liait. J’ai toujours pensé que si on n’est pas un peu fou à vingt ans, on a des chances de devenir un vieux très con. Ils m’ont avoué, plus tard, qu’ils bluffaient… parfois.
Du côté enseignant, c’était consternant. Aussi. Alors que dans les années 1970-1980, les combats se situaient à un certain niveau, les adversaires se respectant, (mis à part les quelques inoxydables d’une droite archaïque, peu nombreux), l’ère nouvelle était marquée par des conflits de personne, de pouvoir… Bref, le psychologique du tourné en rond et ses bourbiers narcissiques. Les petits chefs revinrent en force et avec eux, l’esprit mandarinal. Transformé certes, mais toujours vivant. De l’anthropologique ? Effets de structure ? Et/ou ?
Dans le désintérêt que l’Université suscitait, le plaisir à enseigner s’effilochait Les lycéens nous arrivaient de moins en moins formés, victimes d’un relâchement programmé, sous couvert de démocratisation. Tirer par le bas est moins coûteux — du moins sur le court terme.
Relâchement qui eut raison des plus motivés, quand je compare les copies retrouvées et leurs notes, je suis obligée de constater un écart énorme, les copies auxquelles j’attribuais généreusement un 14/20 dans les années 1968-1975, auraient été gratifiées, dix ans plus tard, d’un 19/20, tant le niveau m’étonnait ! C’est dire…
J’ai même rencontré deux anciens étudiants gauchistes, devenus enseignants, qui se désintéressaient de leurs élèves qui, dans certains coins de la Champagne, étaient des ‘enfants défavorisés’, justifiant leur désertion, par un « de toute manière le capitalisme…». P. R., (dont j’ai parlé), rencontré à Paris, abandonnait souvent ses élèves. Une ex-étudiante, communiste, qui avait enseigné un temps en Champagne, se disait, avec une belle franchise, heureuse d’aller enseigner à… Versailles. Là au moins, on pouvait travailler… Dans la marche de l’Histoire, il y avait toujours des perdants, dit-elle. Je me suis surprise à garder le silence, tant mon désarroi était grand. Comment aurais-je moi-même réagi, placée dans des conditions aussi difficiles ? J’ai même vu un ancien communiste, F., devenir Le Peniste. Un frustré qui avait échoué à se hisser lors des élections. Il surveillait ses collègues parisiens, avait même affiché sur des bureaux de Parisiens, l’obligation de résidence, lui qui avait aussi été un turbo-prof !
*
Je me détachai progressivement de l’activité syndicale, et comme beaucoup d’enseignants, je me repliai sur des recherches plus personnelles. Le 6 novembre 1989, à 1h 20 (dit le fichier sur mon ordinateur), j’adressai la lettre suivante au SNES-sup qui résume le désenchantement de l’après-80 :
« Je suis navrée, mais la section est moribonde. J’en suis triste, étant donné que je l’ai portée à bout de bras, après Mai 68. Nous étions peu nombreux, mais efficaces et motivés. Elle s’était, ensuite, lentement étoffée… Depuis 84, après avoir commencé un travail très envahissant, j’ai laissé tomber par manque de temps, mais aussi parce que j’étais lasse de jouer les activistes [...]. D. Wieczoreck est resté seul, les réunions ne réunissaient plus personne, l’activité syndicale se réduisit à chercher des candidats pour les instances administratives, à un moment où les conditions de travail s’aggravaient avec la complicité de “gens de gauche”. En Droit, à Reims, certains enseignants font des 30 heures de cours ! Des enseignants du supérieur ou des marchands de soupe ? Les aigreurs, les frustrations s’accumulent. Certains enseignants sont devenus des machines à corriger des copies. Moi, je n’ai qu’une idée, foutre le camp. J’observerai de l’extérieur, le mijotement de la chaudière, car un jour ou l’autre ça éclatera. Le personnel administratif travaille aussi dans des conditions épouvantables.
À la suite des accords signés par le SNES-Sup, je n’ai même plus eu envie de demander symboliquement les cotisations.
C’est à peine un reproche, vous êtes à l’image de la déconfiture universitaire. Être flouée en début de carrière, être flouée en fin de carrière, ça commence à faire beaucoup, pour quelqu’un qui est toujours passé à l’ancienneté, précisément parce qu’elle jouait les trouble-fête, au lycée d’abord, en fac ensuite.
Je ne pense pas que ce soit une bonne chose que le syndicat soit affaibli… Mais bon ! On y reviendra, quand on comprendra. Un collègue qui n’a jamais été un foudre de guerre, m’a dit : « c’est triste, que la section soit morte, il n’y a plus personne pour nous défendre ». Ce qui, par ailleurs est dramatique, c’est que le terrain abandonné à “gauche” est vite réoccupé, l’esprit mandarin revient en force, grâce aux réformes de nos socialistes !
Réclamez vous-mêmes les cotisations, DESNE, H.[] D.[] répondront, qui m’ont proposé spontanément leur cotisation, les autres ?
Bien tristement !
L’ex-trésorière.»
*
Désertion donc. Je repris, dans une perspective nouvelle, le voyage autour des récits extra-ordinaires du monde, voyage durant lequel je ne cessais de retrouver les questions théoriques sur lesquelles j’avais buté dans les années 70. Un voyage théorique qui dura une dizaine d’années. Les pages accumulées sont si nombreuses que je recule toujours sur le tri à faire.
(Dans Annexes, je produis une lettre adressée à Marcel Détienne, restée dans les tiroirs, où je fais le point sur la question du mythe du point de vue comparatiste, ouvrant sur d’autres pistes sur lesquelles je m’aventurais).
Les époques molles ramollissent tout le monde. J’ai aimé ce métier, mais dans l’état actuel des choses, je ne suis pas sûre que je choisirais cette profession, que les pouvoirs de droite et de gauche n’ont cessé de dévaloriser. Avec la complicité des électeurs/électrices qui oublient leurs enfants. J’admire ceux/celles qui s’obstinent, malgré l’aggravation des conditions de travail. Dans les années 80 déjà, des enseignants du supérieur étaient devenus des machines à corriger des copies, des collègues de français avaient jusqu’à six programmes différents. Tenable ? Ajoutons enfin, que le recrutement fut bloqué, que le nombre de vacataires, corvéables à merci, ne cessa de croître. En 1987 — durant la cohabitation Mitterrand/Chirac — parut un Décret (n°87-889 du 29 octobre 1987, publié au Journal Officiel du 4 novembre 1987) fixant et les conditions de recrutement des personnels vacataires et leur rémunération (sur heures complémentaires ou emplois vacants). J’avais fait circuler la NOTE D’INFORMATION À L’INTENTION DES PERSONNELS VACATAIRES, avec un commentaire acide et la comparaison suivante :
a) « Les personnels vacataires sont rémunérés à la vacation selon les taux réglementaires en vigueur, soit : – T.D. : 121,80 F, T. P. 81,20 F, cours : 182,70 F ».
b) Facture de plombier réglée par mes soins à la même date : 180,35F pour exactement 7 minutes.
*
Last but not least. Dans les années 85, on commença à voir déambuler dans les couloirs de la Faculté des Lettres, ouverte à tous les vents, d’étranges silhouettes. Les dealers (en faux ou vrais étudiants) commençaient à se montrer. Pour entrer dans les circuits de la drogue, il faut de l’argent. Les cambriolages des laboratoires de langue obligèrent le Conseil de Direction à tenter de verrouiller les accès dans un espace pensé ouvert.
Le microcosme universitaire rémois visiblement changeait, tandis que le monde du XXIe siècle approchait, telle une marée montante, il commençait à lancer ses vagues à l’assaut de l’ancien, vagues encore minuscules, « presse-purée », disent les surfers.
L’élégante corolle, éclose dans la ZUP dans les années 70, qui aurait dû être construite en bois, mais qui faute d’argent fut, en partie, construite en béton, s’enfonce lentement, mais sûrement dans le sol, l’effondrement menacerait… Il arrive que dans les heures grises, certains y voient une allégorie de l’Université française. Mais, le collectif universitaire français (administration, enseignants, personnel d’entretien, etc.) a l’habitude de tirer l’attelage à hue et à dia au risque d’infarctus.
*
NOTA. Je me suis arrêtée aux années 80-90, mais le JOURNAL DE TRAVAIL continue à commenter le politique.
✥✥✥
Le voyage au Portugal en 1974 et le voyage en Albanie en 1975 appartiennent à cette période de politisation intense
Temps des rénovations pédagogiques
Temps des luttes
✥✥✥