Mémoires croisées

14/12/2010

POST-90

Filed under: Non classé — fpbw @ 16:24

Je m’arrête au seuil des années 90.

Des têtes nouvelles ont émergé au Parti socialiste, moins voraces (ou plus discrètes ?). Les quelques manifestations auxquelles j’ai participé (retraites en 1993, défense de la Sécurité sociale, guerre contre l’Irak…) m’ont éloignée de l’action politique. Le sentiment d’appartenir à une autre génération. Étrangère aux queues de manif avec leurs chars délabrés et musique grinçante, avec leurs marginaux qui s’installent place de la Bastille et se piquent…, étrangère face à des syndicalistes de la SNCF (Sud ?) défilant, qui font brûler des matériaux qui dégagent une épaisse fumée brune, polluante, battant le tambour comme des forains… Dans la manifestation contre la guerre en Irak, initiée par Marianne, je me suis retrouvée aux côtés de gens avec lesquels je n’avais rien à partager.

Je deviens spectatrice, parfois amusée par le discours des vieux partis, (communiste, socialiste, gauche radicale, « anti-capitaliste, léniniste…» qui sont dans la répétition de vieux schémas dans un monde changeant et sans boussoles,  parfois interrogative (face aux formes nouvelles de micro-luttes) me demandant souvent de quoi vivent les agitateurs qui semblent ’professionnels’. Regard qui n’est pas le regard de Sirius. Regard tantôt inquiet, quand ce n’est pas au bord d’un pessimisme ravageur,  tantôt  rassuré par toutes les initiatives plus cachées, moins audio-visuelles, par une multitude de signes anomiques qui semblent indiquer d’autres voies.  Des anticipations ? Si les désenchantements peuvent être dangereux, ils peuvent aussi favoriser le développement d’une société civile plus aguerrie, moins naïve. Mais, l’Illusion nous est si nécessaire que les pièges restent à portée de pied.

Conscience aiguë d’être emportée dans un bouleversement aux dimensions cosmiques dont il est impossible de voir l’issue. Qui n’est pas sans me rappeler le long et douloureux passage du féodalisme au capitalisme en Europe. Presque quatre cents ans de tribulations dont le temps fut partagé  entre différents pays européens. À l’échelle de l’Histoire, ce n’est rien, à l’échelle d’une vie, c’est beaucoup trop.

Sachant aujourd’hui (j’ai mis beaucoup de temps) que nous ne sommes pas faits pour les paradis, et que certains, nombreux, aiment à fabriquer des enfers pour eux-mêmes, pour les Autres… Qui nourrissent mes colères toujours vives ! Mais, elles ne servent plus à grand chose, mes colères ! De la posture ? Une habitude? Un trait de caractère ?

La vie continue, malgré et contre les bipèdes destructeurs, mais dans quel état? Les mafias partout  victorieuses, sans l’argent desquelles la capitalisme s’effondrerait (dixit des spécialistes), et nous l’aimons tant le capitalisme qu’il nous faut aimer les mafias (celles de la drogue en particulier) qui en assurent le renouvellement et fournissent du travail à ceux/celles que le capitalisme paupérise. Des mères se bousculent pour devenir «nourrice». Des nourrices qui protègent les colis de drogues. Usage métaphorique d’un mot qui en dit long sur les imaginaires, la nourrice, à ma connaissance, est source de vie pour un nouveau-né…

Qui se souvient de ce maire communiste qui osa s’attaquer,  au lendemain des élections, en 1981, au trafic de cannabis ? Droite, Gauche, Extrême-gauche lui tombèrent dessus, on dénonça les moeurs totalitaires de ce pelé, de ce tondu, raciste en plus, (le cannabis était marocain, vendus par des Marocains, à tort accusés, disait-on), même la royauté marocaine s’en émue, et pour cause, le Riff cannabisé, elle connaît bien ! Aujourd’hui, c’est avec des kalachnikov que les dealers défendent leurs territoires, en terre socialiste, aussi. Les maires crient secours. Les populistes les entendent… le pouvoir, lui, fait semblant. Mais qui a intérêt à mettre fin à ces flux d’argent sans odeur, sans couleur ? PERSONNE. Robert Hue avait eu le tort de ne pas comprendre certaines des lois économiques qui régissent le capitalisme du troisième millénaire. Un choeur entonne un chant souvent entendu : dépénalisons, disent certains/certaines qui croient à la magie des mots. Tout aussi ignorants que R.Hue. Et quand ils/elles prétendent à des postes de responsabilité, on a le droit d’être inquiet.

Alleluïa ! Nous irons tous au paradis, dit une chanson !


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Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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