Mémoires croisées

MÉMOIRES CROISÉES

Seront publiées des pages de Journal, des Souvenirs qui s’étagent de 1960 à 2003. Non pas dans un ordre chronologique, difficile à faire sur un blog 1), mais sous forme de fragments ‘thématiques’ qui ont une certaine autonomie, dans la mesure même où je ne cherche pas à écrire une fiction autobiographique, mais à apporter des fragments de mémoire qui s’inscrivent — malgré le Je producteur — dans une démarche plus historiographique que mémorielle. En quelque sorte, des fragments du Journal d’un demi-siècle, à travers le vécu d’une individue qui progressivement se construit dans des combats, des rencontres, une profession…

Seuls les “souvenirs” ou plus exactement seules les traces qui ont un rapport à l’Histoire, la grande Histoire qui traverse nos vies, nous fait, nous défait, nous oblige à nous reconstruire, à nous définir, constituent la trame des pages qui seront publiées. Seul m’intéresse l’espace événementiel où se croisent, s’entremêlent le privé et le public, le quotidien et l’Histoire se tramant dans la contradiction permanente de lignes de force visibles et invisibles, plus ou moins chaotiques. Quotidien où parfois se manifeste le taupique de l’Histoire. De l’invisible pour l’historiographie.

*

Les “souvenirs” rapportés, sont des nœuds de mémoire, très denses qui parfois affleurent. Une odeur, un mot, une attitude, une situation les réactivent à mon insu. Des cristallisations où se dit notre XXe siècle. Ils aident parfois à penser le présent, passé et présent s’éclairant réciproquement de leurs différences et des airs d’apparentes ou réelles ressemblances. Ainsi, l’histoire récente des pitbulls, dressés pour l’agression et le deal, ont réactivé le souvenir des bergers allemands dressés pour la torture en Algérie qui, eux-mêmes, avaient rebondi sur la mémoire d’une déportée rencontrée en Algérie. Le chien comme symptôme, une des figures défigurées de notre société, devenu élément germinatif, a fait lever des souvenirs algériens, mais aussi plus personnels (Les chiens de mon enfance).

*

Ces souvenirs, filtrés par le temps, ont valeur parabolique. Le moindre détail, fait divers, bref ce qu’il est convenu d’appeler à tort, l’anecdotique, parlent de la société, de certains de ses aspects, dévoilent même certaines de ses dominantes à un moment donné, en un lieu donné. Il m’est souvent arrivé d’user de ces souvenirs, en les introduisant par c’est comme quand.

*

Certaines de ces traces-mémoire ont parfois la patine des vieilles photos, au dos desquelles on a oublié de noter la date, les noms, d’autres au contraire, parce que chargées d’affects, sont précises. Mémoires des gestes, des regards, d’un tressaillement…

*

Initialement, MÉMOIRES CROISÉES se composaient de deux parties s’organisant suivant un ordre chronologique, la première partie commençait en 1960, par mes souvenirs algériens 2), la seconde en 1998, l’année du retour à Brecht. Mais l’ordre chronologique n’était pas l’ordre de la genèse comme remontée vers ma propre mémoire. En fait, tout a commencé en 1998, lors de mon retour à Berlin — et à Brecht, comme rapports recommencés. Ce retour-à développa une dynamique aux effets multiples. J’avais travaillé sur les Avant-gardes européennes des années vingt (Allemagne, Russie, France), mais pas — de manière systématique — sur l’Après 33, l’exil des opposants, sur le nazisme, le « socialisme » teuton, arrimé de force au « socialisme soviétique ». À mon retour de Berlin, j’ouvrais ces chantiers de manière anarchique. Boulimique. C’est dans cette dynamique, c’est-à-dire dans ce travail sur des mémoires saturées de souffrances, qu’est né ce “Journal” fragmenté, le mien, fait de souvenirs surgissant telles ces fumeroles d’un foyer volcanique. Croisements où se trament des leitmotivs qui disent la continuité d’une histoire sanglante.

… Nous ne voulons servir l’histoire que dans la mesure où elle sert la vie


1. La publication sur le net, et en particulier sur un blog, oblige à des réajustements intéressants qui conviennent à mes objets.

2. Les souvenirs de la métropolitaine envoyée en Algérie en 1960, dans le cadre de la pacification, seront publiés sous le titre Alice-du-pays-des-merveilles dans le bourbier colonialiste.

feliepastorello-boidi

Profile sur http://fpbw.wordpress.com/

Pas encore de commentaires »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Publié sur WordPress.