Mémoires croisées

Organisation générale

MÉMOIRES CROISÉES

 

 

Se composent de deux grandes parties


I. Suites de France et d’ailleurs, années 1960-1990

II. Suites berlinoises et d’ailleurs, années 1998-2003


*


I. SUITES DE FRANCE ET D’AILLEURS

Années 1960-1990


Fragment 1
1960-1962 : BLIDA (Algérie)

Fragment 2
1963-1966 : mes dernières années dans le secondaire

Fragment 3
1966-68 : Université de HEIDELBERG

Fragment 4
1968-1994 : Université de REIMS

Fragment 5
1974 – Voyage au Portugal « libéré »

Fragment 6
1975 – Voyage en Albanie « socialiste »


Seront publiés sur ce site : les Fragments 2-6

 

Comme, je l’ai dit dans la Page précédente, tous les souvenirs portant sur les années 1960-90 qui constituent la matière des Fragments 1-6 ont donc été rédigés après mon retour de Berlin — en 1998. La mémoire se réactivant faisant son miel de tout, ces remémorations sont liées d’une manière plus ou moins directe au présent.

 

Le politique envahissant

Les années 68, post-68 sont orageuses, chaotiques, source de combats difficiles et frustrants. Les effets des jolis mois de Mai européens se continuent. Des dynamiques ont été enclenchées de manière irréversible. Irréversibilité qui n’interdit pas la marche du crabe 1) et ses régressions. Des droites hargneuses qui n’oublient pas leurs peurs tentent de construire des barrages sur des flux tumultueux, tâches d’autant plus difficiles que les contradictions fermentent dans les deux camps. Dans les universités, les reprises en main sont parfois féroces, mais des étudiants, des enseignants — résolus — résistent avec plus ou moins de succès. Des années politiques durant lesquelles l’Europe, et donc la France changent.

Durant ces années politiques, tout de la vie prend une coloration politique, y compris la mode, les amours, les voyages…

Dans le Fragment 5, 6, j’évoque deux voyages, traversés par des interrogations politiques, l’un au Portugal en 1974, l’autre en Albanie en 1975.

Entre la date des voyages (1974, 1975) et 1998, le monde s’est transformé. Le Portugal faisait partie des onze pays de l’Union économique et monétaire de la zone euro, émergeant lentement du sous-développement ; le 22 mai 1998 s’ouvrait l’exposition internationale de Lisbonne. De nouveaux espaces, ultramodernes, venaient se superposer d’abord sur la Lisbonne de mes souvenirs d’adolescente, ensuite sur la Lisbonne ville ouverte de 1974.

Ma connaissance du Portugal, presque nulle en 1974, s’était enrichie, à travers le cinéma, la littérature. Le premier film de Manoel de Oliveira vu, L’amour de perdition-Amor de Perdição, adaptation cinématographique d’un roman, avait fait de moi une inconditionnelle du cinéaste. Il y inventait une forme de narrativité singulière, faite de micro-décalages temporels entre l’énonciation de la fable par le narrateur et les plans-séquences, créant des formes de distanciation qui, allégeant le spectateur, du trop plein des émotions douteuses du mélo, l’obligent à prendre le temps d’écouter, de regarder, de goûter chaque plan, pensé comme un tableau. L’intérêt pour le cinéma portugais qui en découla ne s’est jamais émoussé.

J’avais lu avec l’empathie fervente d’une agnostique L’Évangile selon Jésus-Christ 2) de José Saramago qui, en octobre 1998, recevait le prix Nobel. Je suivais de près Antonio Lobo Antunes, explorateur du Portugal et des effets ravageurs des guerres coloniales, dans ses labyrinthes sombres et inquiétants. Un étudiant portugais m’avait fait découvrir Fernando Pessoa. Fou de ce poète, il ne supportait pas qu’on puisse l’ignorer.

Autant d’éléments du présent qui réactivent des émotions passées à un moment où je rédige mes souvenirs algériens. Des fils d’Ariane s’enchevêtrent, tirent sur des souvenirs enfouis, en laissent d’autres dans leurs niches neuronales. L’évocation du putsch militaire français, un moment intense, noue des liens avec le putsch des militaires portugais, et mes souvenirs du voyage de 1974 se trouvent une seconde fois revivifiés. Je cherchai et retrouvai des notes, les lignes qui suivent s’inscrivent donc dans un ensemble où la mémoire et l’histoire-se-faisant, celle de 1998, s’éclairent réciproquement. Ma génération, confrontée à la décolonisation des empires coloniaux des grandes puissances européennes, suivaient de très près tous les mouvements de libération. On était POUR ou CONTRE, mais jamais indifférents. La guerre d’Algérie achevée (1962), c’est-à-dire le dernier bastion de l’empire colonial français devenu indépendant, nous pouvions regarder ailleurs.

——————–

1. Le crabe avance en oblique, démarche ambiguë qui intrigua la pensée grecque. Cf. Marcel DÉTIENNE et Jacques VERNANT, Les ruses de l’intelligence (1974).

2. Roman qui portait « atteinte au patrimoine religieux des Portugais » selon le secrétaire d’État adjoint à la culture, M. Antonio Sousa Lara.

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feliepastorello-boid

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